Gunung Mulu :  Les bienfaits d 'une Forêt  Primaire.

Ce n’est pas un scoop, l’humain d’aujourd’hui vit le plus clair de sa vie entouré de béton. Il devient donc évident qu’il évolue désormais déconnecté de la Nature sauvage et du reste du Vivant.
Pour observer les conséquences de ce constant éloignement qui s’est opéré au fil de son évolution, nul besoin de chercher bien loin. Elles sont malheureusement visibles au quotidien dans notre environnement immédiat.
Qu’il s’agisse de pollution, de déforestation, de surexploitation, de mauvaise alimentation, ou de tous nos comportements aberrants : tout vient de près ou de loin de notre éloignement de ces lieux de Nature primaire.
Nous les qualifions pourtant de ressourçants, et c’est bien là un grand paradoxe que nous portons à chaque instant.
Connaissant cet extrême d’isolement de la Nature dans lequel nous vivons, ainsi que notre dissociation envers ce milieu important, que peut-il se produire dans le corps et l’esprit de celui ou de celle qui plonge à nouveau dans un de ces derniers lieux préservés qui a vu naître l’humanité ?

Les rares et dernières forêts primaires : l’exemple de Gunung Mulu en Malaisie.

Il y a certains lieux sur cette planète qui mériteraient bien que l’humain contemporain s’y arrête au moins une fois dans son existence. La jungle tropicale humide de Mulu, située en Malaisie et perdue au cœur de l’île de Bornéo, est assurément de ceux-là.

Pourquoi ? Parce que, pour nous autres, humains, qui vivons bien trop dans nos murs cimentés au quotidien, de telles forêts primaires préservées peuvent devenir un véritable sanctuaire où se ressourcer profondément, et à des niveaux insoupçonnés.
Sa Nature omniprésente, abondante et florissante peut permettre à chacun de relativiser, et, surtout, de constater le désastre qu’est notre environnement « naturel » quotidien.
Venez au contact de cette authentique flore dominante et de sa faune. Elles vous procureront en effet un aperçu puissant des réelles capacités de création naturelle du Vivant sur Terre. Venez donc observer cet extrême de Nature qui s’exprime dans les meilleures conditions possibles.
Comparez ensuite avec ce qu’il reste de nos écosystèmes là où nous vivons. Voilà qui s’avérera être une très grande leçon.
En effet, vous ne pourrez alors que constater la médiocrité à travers laquelle nous percevons à présent ce qu’est la Nature, ses forêts, ses rivières, ses insectes, ses animaux, ses végétaux. Vous deviendrez enfin conscient qu’il ne reste pas grand-chose de ce que la Nature véritable est capable de créer (lorsqu’on la laisse opérer, ce qui est rarement le cas dans nos contrées civilisées). Vous réaliserez alors qu’il ne reste que… 0 % de forêt primaire en Europe.
Voilà une première leçon percutante qui ouvre grand les yeux à tout humain. Les œillères tombent immédiatement à terre et nous les abandonnons vite derrière.

Certes, nous avons de belles forêts en France. Nous avons également de beaux espaces dits naturels et préservés, mais... venez au moins une fois explorer une forêt primaire vieille de près de 200 millions d’années, et vous aurez ensuite une meilleure compréhension de la pauvreté végétale et animale qu’il nous reste dans nos régions. L’office des forêts ou du tourisme vous dira pourtant que la Nature jouit là d’une grande diversité. Tout est question de repère, de prise de recul, et d’acceptation de la médiocrité.

Le Paradis est là, sous vos pieds.


Cependant, dépêchez-vous pour venir observer de telles forêts primaires, car elles sont aujourd’hui rares, et elles se font toujours plus ronger par les besoins incessants de l’humanité d’année en année.
Cela dit, faites-le néanmoins. Il n’y a pas de meilleur moyen pour « recalibrer » l’esprit humain et lui permettre de retrouver le même Amour qu’il a déjà profondément éprouvé pour la Nature. Il suffit de venir au moins une fois s’immerger dans un tel endroit totalement naturel, non réprimé, non exploité.

L’Homme a souvent besoin de « voir » pour « croire ». Au cœur des 52.000 hectares de Mulu, son esprit prendra une claque.

Le camp de base se trouve à l’entrée du parc national. On ne peut s’y rendre que par sa rivière ou par voie aérienne via un petit avion à hélices estampillé « Wings of Love ». Tout un programme...
À peine arrivé, récupérez votre sac à dos (oubliez vos valises à roulettes) quasi directement à la sortie de l’avion, puis une marche de 15 minutes vous permettra de rejoindre l’entrée du site. Bienvenue au Paradis sur Terre.

Premiers pas dans le sanctuaire.


La bonne nouvelle est que le parc national de Mulu est inscrit à juste titre au patrimoine mondial de l’Humanité. Merci à l’UNESCO de nous préserver de nos absurdités. Cependant, faites-moi penser à déposer un jour une candidature pour inscrire également la planète Terre à cette zone d’héritage.

Quelques logements sont accessibles à l’entrée. Ils sont tous différents et vont du dortoir à la mini-villa, en passant par quelques « lodges » ou chambres de type « longhouse » inspirées de l’habitat traditionnel à Bornéo. Mais bon, tout cela, franchement, on s’en fiche, ce n’est pas ce qui nous amène ici. Nous sommes venus restaurer notre esprit et notre humanité.

Ce qui devient donc bien plus intéressant et transformateur une fois vos bagages posés, c’est de commencer à pénétrer dans ce sanctuaire situé juste derrière ; cette dense jungle plutôt inhabituelle et apparemment inhabitée.
Faites-y quelques pas en direction de ses profondeurs et vous voilà déjà submergé...
La vie environnante est vite omniprésente. On ne la voit pas immédiatement, mais elle est là, c’est évident, vous la sentez, vous l’entendez. Elle s’exprime dans tous les sens, au loin comme à proximité.
Tous nos sens devenus sous-développés au fil des années entrent ainsi inévitablement en éveil.
Vous sentez alors que se réveille en vous un instinct humain très ancien. Ce lieu, ses immenses arbres et leurs racines qui plongent dans ce sol noir et humide, ses nombreux insectes aux sons assourdissants, ses eaux qui ruissellent non loin, ses cris d’animaux plus ou moins lointains... tout cela semblerait presque oppressant à n’importe quel humain citadin. Ne vous enfuyez surtout pas, restez encore un instant.

Voyage au cœur de soi.


Certes, il y a là une force animale et végétale qui grouille et qui occupe tout l’espace. Cependant, faites encore quelques pas en avant et enfoncez-vous toujours plus profondément dans cet univers a priori inquiétant.
Tout humain y retrouve alors systématiquement un sentiment lointain qui lui manque désormais au quotidien : l’humilité.
Vous redevenez en effet une espèce parmi tant d’autres. Vous ne dominez plus rien. L’énergie qui circule ici vous dépasse. Il n’y a d’autres choix que d’accepter sa place et de marcher en ce lieu avec toute l’humilité et le respect qu’il exige, car, pour y vivre (ou pour y survivre selon comment on l’aborde), cela nécessite une constante attention envers les innombrables autres espèces présentes. Vous ne pouvez continuer à évoluer ici qu’avec l’acceptation de votre situation... ou y vivre alors sans cesse dans la peur et une constante vision d’oppression.
L’homme a mis à profit ses observations et toute son intelligence pour se débarrasser de cette position d’infériorité au fil de son évolution, mais il s’est séparé en même temps de l’humilité qui lui permet de vivre avec un esprit équilibré.
Ouvrez n’importe quel livre d’histoire, vous y trouverez les conséquences de cet éloignement volontaire avec son lieu de naissance. Nos diverses actualités quotidiennes soulignent également toujours à ce jour le désastre environnemental dans lequel nous vivons maintenant...
Mais oublions cela un instant, et continuons notre progression...

Ce qui ne peut vous échapper en ce lieu, et qui ne pourrait échapper même aux moins curieux, c’est que la démesure s’exprime tout autour. Par conséquent, la moindre plante, le moindre insecte, vient vous rappeler par ses dimensions démesurées toute l’abondance nutritionnelle qui demeure partout alentour. De ce fait, ils viennent parallèlement vous démontrer toute la pauvreté de nos sols de campagnes déracinés et cultivés, ainsi que la dégradation de ses facultés à nourrir profondément tous les êtres vivants qui y cohabitent.

En effet, ici, dans cette forêt primaire, tout vit et grandit selon le plan originel et inaltéré de la Nature et du Vivant. Cela permet ainsi une exubérance environnante qui s’exprime depuis ce sol recouvert de larges feuilles colorées jusqu’aux sommets impressionnants de ses puissants arbres, en passant par la taille de la moindre liane, du moindre champignon, du moindre papillon ou insecte, tous aussi curieux et variés les uns que les autres.
Vous avez l’impression d’être sur une autre planète. Pandora peut-être ? (Avatar). Et pourtant, vous avez bien la chance de vous trouver sur Terre, en un lieu qui vous démontre par l’exemple ce dont est capable la Nature si on lui fout la paix, n’ayons pas peur des mots. Il est d’ailleurs possible que, une fois que vous vous serez imprégnés suffisamment de ces lieux, vous soyez étrangement mus par une forte volonté de vouloir les préserver.
La raison en est simple : ils peuvent vous aider à en sortir totalement transformés.

Une forêt primaire réveille le meilleur des capacités humaines.

Récapitulons les qualités déjà retrouvées rapidement au contact de toute cette Nature intouchée.
Vous avez retrouvé accès à tous vos sens. Ils se sont éveillés tout comme votre pleine conscience.
Votre vue s’est aiguisée. Vous étiez au début incapable de discerner le moindre animal, le moindre insecte. Jour après jour, vous avez développé la capacité de les discerner, même au-delà de toutes leurs techniques astucieuses de camouflage. L’attention qui vous faisait défaut s’est élevée.
Votre odorat a retrouvé le contact avec toutes les subtiles et profondes odeurs de cette Nature. Vous y avez éventuellement retrouvé de nombreux souvenirs d’enfance. Les odeurs de cette terre et de son humus vous ont reconnecté avec ce sentiment que vous éprouviez naturellement pour le vivant à cet âge reculé.
Les fruits que vous avez goûtés ont ravivé le plaisir simple de s’en alimenter. Leurs saveurs si variées sont parvenues à satisfaire votre faim par la richesse nutritive de leur chair, et à étancher votre soif par leurs délicieux jus aux goûts fruités. Vous vous apercevez qu’il vous faut, en fait, bien peu pour vous sentir nourri.
Vous n’avez également pas pu résister à entrer en contact avec les multiples textures proposées par le bois de ces arbres millénaires, de ces larges lianes torsadées, de ces mousses épaisses, de ces feuilles d’un vert luisant, de ces roches érodées. Vous y avez retrouvé là un contact direct avec la beauté et toutes ses inimaginables subtilités naturelles.
Vous avez entendu des sons pour la plupart totalement inconnus. Cela a réveillé votre curiosité, votre capacité à isoler l’origine de chaque sonorité. D’un sentiment d’oppression dû à la force de tous ces bruits environnants, vous avez commencé à ressentir un certain apaisement. Vous y avez peut-être même retrouvé des mélodies naturelles appréciées qui étaient oubliées depuis bien longtemps. Elles vous ont éventuellement bercé vers un sommeil très profond après chacune de vos merveilleuses journées d’exploration.

La cerise sur le gâteau : le réveil de l’âme humaine.

Si vous êtes allé au bout de cette expérience d’une profondeur inégalée pour l’humanité d’aujourd’hui, vous aurez sans doute osé sortir des passages aménagés.
Vous aurez bifurqué vers une petite allée détournée qui s’enfonçait loin à l’écart des sentiers battus.
Vous y avez trouvé des géants de bois qui vivent là depuis des milliers d’années. Vous y avez contemplé des plantes plus ou moins élevées et colorées d’un vert qui s’illuminait à travers les rayons du soleil, voire qui scintillait après le passage de cette pluie qui tombe quotidiennement.
Il se peut même que, par la suite, vous avouiez avoir découvert pour la première fois dans cette forêt primaire ce qu’est la véritable couleur verte qui existe sur Terre.
Il est possible que vous ayez parfois oscillé entre une profonde paix à l’identique de celle présente dans cet environnement, et une incontrôlable excitation devant tant d’émerveillement fréquent.
Vous affirmerez sans doute également que, lorsque la Nature est laissée seule, lorsqu’on lui permet d’exprimer toute sa spontanéité et son authenticité, le résultat transcende alors le domaine de l’art humain. Votre oeil s'ouvrira sur des oeuvres tout à fait inégalées.
Vous avez pénétré un de ces rares lieux où il devient possible de contempler des formes, des couleurs, des entrelacements entre le minéral et le végétal, qui donnent naissance à des sculptures aux tons naturels et prononcés dont les infinies nuances de vert et de marron, en passant par l’ocre ou le jaune, sont venues enrichir tout le spectre de votre imagination.
Pour les plus courageux, vous vous êtes peut-être volontairement exposé, sans vous presser, aux pluies diluviennes qui peuvent déferler par ici. Vous vous êtes alors éventuellement sentis comme lavés intérieurement bien plus qu’extérieurement. Vous vous êtes potentiellement trouvés ensuite habités par une profonde paix insoupçonnée.

Vous l’aurez compris.


L’Humanité n’a pas besoin aujourd’hui de plus de temples, ni d’aucune nouvelle église où prier.
Les dernières forêts primaires sont à présent nos derniers sanctuaires et nos meilleurs lieux de prière.
Elles invitent à la révérence, au respect, à l’humilité, et sont même capables de restaurer toute notre conscience.
Au-delà d’être un véritable sanctuaire de paix, d’harmonie et de beauté qui invite à s’en inspirer, elles s’avèrent être le plus grand repère qui reste à l’Humanité pour vivre dans l’équilibre et ne plus s’égarer.
Il vous appartient d’en devenir le gardien et de vouloir les restaurer au plus près des foyers de l’humain.
Faites un pas dans un tel lieu, et vous comprendrez toute l’ampleur de l’enjeu.

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