GUNUNG MULU : Message d'une Forêt Primaire à l'Humanité.


Sois le bienvenu, humain, dans cette forêt faite d’eau pure, d’immense verdure et de bois millénaire. Voilà bien longtemps que tu ne m’as pas rejoint en ces lieux. Il fut pourtant un temps où, ici, tu étais bienheureux. Souviens-toi à quel point tu te sentais vivant en me parcourant. Tout circulait intensément en toi, lorsque tu foulais mes terres humides de ton pied nu qui s’enfonçait alors doucement sous ton pas.

Pourquoi donc t’es-tu autant éloigné de moi ? Ai-je fait quoi que ce soit qu’il ne fallait pas ? Durant des millions d’années, tu aimais pourtant te nourrir abondamment de tous mes fruits, ou de vies prélevées ici et là. Tu es parti un jour sans rien dire, puis je t’ai vu revenir comme en guerre contre moi. Mes arbres s’érigent ici depuis près de 200 millions d’années, mais, en un clin d’œil, sous le bruit de tes scies, mon espace s’est réduit à quelques maigres frontières estampillées désormais sous le nom de « patrimoine mondial de l’Humanité ».

Que s’est-il donc produit pour en arriver là ? Que t’ai-je donc fait pour mériter cela ? Est-ce l’abri rudimentaire que je t’offrais qui t’a fait migrer vers cette vie sédentaire faite de terres déracinées et cultivées ? Cependant, je suis heureux de te voir revenir à nouveau par ici, même pour ce bref moment, tout près de moi. Je vois bien dans tes yeux que quelque chose ne va pas. Tu sembles fatigué, désabusé. Comment en es-tu arrivé là ? Qui prend soin de toi tout là-bas ?

Reviens donc marcher sur mes sentiers, comme autrefois. Approche-toi. Entre en moi.

Sens comme tu es à présent devenu apeuré dès que tu t’enfonces à travers ma dense végétation si animée. Laisse-toi submerger par tous ces innombrables bruits de forêt qui t’effraient. Ne vois-tu donc pas ce qui se passe en toi ? Tu ne sais plus qui tu es. Tu ne comprends plus ce que tu fais dans cette vie ni pourquoi. Laisse-moi guider ton pas. Accorde-moi une nouvelle fois toute la confiance qui te libérera de ce poids. Tu n’as rien à craindre de moi, sauf si tu décides de rester ce faible animal terrorisé que tu es désormais. Viens errer sur mes chemins du même pas lent et paisible que toutes les diverses espèces qui me traversent. Tu pourrais y retrouver la voie vers ce même pouvoir que je t’ai donné il y a de cela plusieurs millions d’années. Je suis certain de réussir à ranimer ce puissant feu qui s’est éteint en toi au point de t’égarer dans ta société. Parcours s’il te plaît mes allées. Entre en contact avec ma forêt. Entends tous les sons de mes créations qui marchent, rampent, nagent ou volent, mais qui sont restées des créatures conscientes et bien vivantes. Sens comme elles ravivent un sentiment important que tu avais laissé depuis trop longtemps derrière toi. L’humilité qui t’envahit sur-le-champ et qui jaillit dans tes pensées sous leurs chants assourdissants, voire oppressants, ont de quoi réveiller cette grande qualité tu avais abandonnée en partant.

Cet environnement effervescent vient te rappeler que tu n’es qu’une espèce parmi tant, et que, sans tes armes, tu es toi aussi une proie facile ici-bas. Tu t’es extrait de cette condition il y a une poignée de milliers d’années, mais l’existence que tu as inventée loin de moi t’a amené à faire de ton espèce sa propre proie. Ne vois-tu pas que tu es d’ailleurs la seule à en être arrivée là ? Tu es parvenu à tout dominer à l’aide de ce merveilleux esprit que tu as développé à mes côtés, mais n’oublie pas que tous ces autres êtres animés font partie de toi, de ton passé, de ton présent. Tu ne peux les asservir sans tout autant te détruire. Sans eux, sans moi, tu n’as aucun avenir. Tu commences alors à découvrir la différence qui règne ici. Après ces centaines d’années de progrès étourdissants et abrutissants au milieu desquels tu nais désormais, tu comprends mieux l’importance de tout ce que tu peux voir sous mes cimes. Perdu dans tes immenses cités, il ne t’est plus aussi aisé de cerner tout le sens de ce que tu fais. C’est pourquoi tu éprouves tant ce besoin de te ressourcer parfois au cœur de ces rares contrées éloignées qu’il peut me rester. Fais encore un pas de plus et laisse-moi t’ouvrir les yeux au contact de la beauté que tu es venu chercher. Parcours mes chemins comme par le passé, pieds nus ou chaussés, mais viens me vivre au plus près. Sous mes milliers de sons inconnus, laisse ton ouïe se souvenir de moi. Toute ta curiosité renaîtra. Par mes odeurs d’humus et de bois, tu retrouveras cet enfant que tu étais, et qui ne me craignait pas. Avec le goût de mes nombreux fruits, tu te rappelleras à quel point tu as besoin de peu pour te sentir nourri. Lorsque ta main effleurera mon écorce morcelée, mes feuilles laquées, ma mousse spongieuse ou ma roche rugueuse, ta fascination réapparaîtra devant leurs mille et une textures et toutes leurs subtilités. Dès que tes yeux s’imprégneront du spectre lumineux qui peut traverser ma canopée, tu réaliseras à quel point tu es resté bien trop loin de tant de beauté au quotidien. Tu affirmeras sans hésiter que tu n’avais en fait jamais découvert ce qu’était le vert d’une authentique forêt.

Au cœur de l’épaisse végétation qui peut t’entourer, tu comprendras que la nature où tu vis n’est en fait que médiocrité. Tu comprendras l’absurdité de s’évertuer à vivre si loin et déconnecté de la seule source qui peut te maintenir dans le meilleur état de vitalité physique comme psychique. Ce dernier t’est accessible à mes côtés. En quelques jours dans ma forêt, si tu oses m’explorer avec proximité, tu revivras de tout ton éclat. Je te régénérerai sans que tu ne comprennes comment ni pourquoi. Tous les êtres qui vivent en moi et au plus proche de mon sol te révéleront mon secret par une simple observation de leurs dimensions. Ne surpassent-elles pas ton imagination ? Vois comme chaque arbre et leurs racines si puissantes s’enfoncent profondément dans ma terre noire et humide jusqu’à s’élever à des hauteurs démesurées. Ils s’abreuvent des eaux que je capture, de tous mes minéraux les plus purs, à tel point que tu t’inclineras d’admiration devant la largeur de leurs troncs et sous la hauteur de leurs ramifications. En les contemplant d’en bas, c’est assurément un certain respect que tu éprouveras. Tu n’en as jamais vu de cette taille-là, n’est-ce pas ?

Sache qu’il en est de même pour chaque insecte qui vit ici et là, pour chaque plante, chaque oiseau, chaque animal qui vit confiant selon mes lois et qui se nourrit au plus près de moi. Vois comme la faune et la flore qui vit par ici surpasse de très loin celle qui survit près de tes sols appauvris. Tu comprendras alors mieux l’origine de toutes ces croissantes maladies qui nuisent à ta vie. Il demeure effectivement ici une riche énergie qui circule de manière abondante vers tout être qui lui tend les bras.

Tu as bien fait de franchir le pas et de m’ouvrir ton esprit. Depuis que tu es revenu à moi, je vois que, déjà, quelque chose s’éclaire en toi. Tu commences à t’apercevoir que réside en ces lieux un grand pouvoir. Il vient à toi, et, ainsi, enfin, je te vois. À cet endroit précis, je sais que tu as l’impression d’être sur une tout autre planète ? Sur Pandora peut-être ? Ici pourtant, nul besoin d’un avatar pour t’évader vers la réalité virtuelle d’une salle de cinéma. Tu arpentes une Nature bien réelle avec ses créatures colorées sans pareilles qui se trouvent juste là, autour de toi. Tu comprends mieux que tout cela puisse réveiller ce qui sommeillait au plus profond de ton humanité. Tu as également constaté que, lorsqu’on me laisse en paix, les éléments dont je suis constitué créent alors dans

la matière selon une spontanéité inégalée. Tu as pu contempler cet art insoupçonné qui est capable de toucher ton âme jusque dans des profondeurs que tu avais oubliées. Tu as observé que, sans interférer, mon règne végétal et minéral se lient, s’entrelacent, s’étreignent dans une pleine liberté qui sculpte pour toi des formes d’une rare beauté. Ces structures harmonieuses viennent insuffler de manière silencieuse la preuve de l’existence d’un don de création inexpliqué. Celui-ci s’exprime à travers toutes ces merveilles de la Nature dont tu fais, toi aussi, intégralement partie.

En mon sanctuaire, tu retrouves finalement la signification de ce qu’est le Sacré qui nous unit. Cette manifestation de vie et son potentiel infini s’emparent de toi au point de te guider sur une nouvelle voie, plus naturelle cette fois. Si tu oses marcher à mes côtés, même dans mon obscurité, auprès de tes anciens alliés, je te promets que tu en ressortiras bien moins effrayé. Tu y abandonneras toutes les peurs qui t’envahissaient jusque-là. Tu te sentiras libéré jusqu’à un point même inespéré. Je te promets que tu ne seras plus jamais autant freiné par cette peur de manquer qui vient te limiter dans tout ce que tu fais là où tu es. Si tu oses aussi t’exposer sous mes pluies diluviennes, tu en ressortiras complètement lavé à l’intérieur, bien plus qu’à l’extérieur, je peux te l’assurer. Une nouvelle paix s’installera au plus profond de toi sans que tu l’aies invoquée. Tu ressentiras ce qu’est la vraie liberté.

Lorsque tu repartiras chez toi, il se peut que tu sois mû de nouveau par la volonté de devenir alors ma voix, mon messager. Tu refuseras que quiconque vienne perturber ou détruire ce lieu magique et symbiotique où tu viens de renaître dans la joie. Tu verras mes forêts comme un lieu unique, qu’il faut protéger, voire restaurer partout, plus que jamais, et en particulier au plus près de l’humanité. Tu désireras que ces puissantes énergies animales et végétales reviennent enfin à la porte de ton foyer. Tu discerneras que la meilleure voie pour l’humain d’aujourd’hui est d’apprendre à vivre à mi-chemin entre un tel milieu sauvage et ses dangers, et cet isolement de confort et de sécurité de la société dans laquelle tu te sens parfois prisonnier. Tu te sentiras ainsi inspiré par la vie possible entre ces deux extrémités. C’est sur ce juste milieu qu’une existence plus harmonieuse attend l’humanité, tu le sais désormais.

Tu réaliseras alors que ces espaces de Nature intouchés que tu viens de fouler sont, et ont toujours été, le plus grand repère offert à l’humanité. Le seul qui lui permette de rester équilibrée et de ne plus s’égarer. Mieux que n’importe quel temple ou qu’une énième église, ils sont un lieu de prière, ton dernier sanctuaire.

ATMAN.

>>> Lire le récit complet des explorations d'Atman à Gunung Mulu, Bornéo, Malaisie <<<

Pour vivre en harmonie avec la Nature, avec soi-même, pour restaurer une meilleure qualité de vie quotidienne, pour voir et agir autrement, ... d'autres fruits écrits qui nourrissent l'esprit se trouvent ici.

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